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Publié le 13/02/2026

PPE3 : un nouveau cap stratégique jusqu’en 2035

 

Avec près de trois ans de retard, le Premier ministre, Sébastien Lecornu a enfin dévoilé, le 12 février, les grandes orientations de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), qui fixe la feuille de route énergétique du pays à l’horizon 2035. 

Le décret* a été publié aujourd’hui, vendredi 13 février, sans débat démocratique préalable, et il est accompagné des premières pistes du futur plan national d’électrification. En déplacement sur les barrages hydroélectriques de Saut‑Mortier et Vouglans, dans le Jura, Sébastien Lecornu a présenté ces nouvelles orientations aux côtés du PDG d’EDF, Bernard Fontana, au cours d’une table ronde dédiée à l’avenir du système électrique français. Cette présentation marque une étape attendue dans la définition du futur mix énergétique, après plusieurs mois de négociations et de discussions techniques. En voici les principales évolutions. 

 

Sur les énergies renouvelables 

Après la présentation globale, le Gouvernement a d’abord détaillé les ajustements prévus pour les énergies renouvelables. Concernant le solaire, l’un des sujets les plus sensibles, la PPE3 prévoit de réduire le nombre d’appels d’offres publics pour les futurs parcs photovoltaïques. Il ne s’agit pas de cesser les installations mais de ralentir la cadence. Pour 2035, l’objectif de production est fixé entre 55 et 80 GW, le solaire pourrait donc doubler voire tripler ses capacités par rapport aux 31 GW installés fin 2025. Même peine pour l’éolien. Le gouvernement réduit ses objectifs pour l’éolien terrestre, qui passerait à 35-40GW en 2035, avec une priorité donnée à la modernisation des parcs existants. L’éolien en mer serait légèrement revu à la baisse, de 18 à 15 GW, principalement à cause d’un décalage de calendrier. L’État veut aussi renforcer l’industrie française de l’éolien offshore. Mais plusieurs projets peinent : aucun candidat pour Oléron, RWE** se retire de Centre Manche 2, et EDF veut renégocier le prix du MWh de Centre Manche 1. 

 

Sur la production nucléaire

Après les renouvelables, l’exécutif a détaillé la place centrale réservée au nucléaire dans la PPE3. Le gouvernement entend renforcer le rôle du nucléaire dans le mix énergétique français. Il prévoit de relever la production des réacteurs d’EDF à 380–420 TWh entre 2030 et 2035, contre 360–400 TWh auparavant, ce qui rejoint l’objectif interne de l’Entreprise fixé à 400 TWh. Après avoir surmonté la crise de corrosion de 2022-2023, le parc nucléaire a retrouvé un meilleur niveau de performance, avec 365 à 375 TWh produits l’an dernier. EDF espère également compter sur la montée en puissance de l’EPR de Flamanville d’ici 2030. Le gouvernement accélère sur le nucléaire avec la construction de six réacteurs EPR2 – une paire sur le site de Penly (Seine-Maritime), une sur le site de Gravelines (Nord) et une sur le site de Bugey (Ain) - réaffirmant son rôle central pour la souveraineté énergétique. Ces nouveaux réacteurs n’aideront toutefois pas à atteindre les objectifs de 2035, le premier n’étant attendu qu’en 2038, et leur lancement dépend encore du feu vert de Bruxelles pour les aides publiques. 

 

Quid de la modulation des réacteurs ? 

Au‑delà des arbitrages stratégiques, un autre sujet majeur pèse sur la PPE3 : la modulation nucléaire. Depuis la crise Covid, la consommation d’électricité recule, pour atteindre des niveaux équivalent au milieu des années 2000. Dans le même temps, EDF souhaite prolonger son parc au‑delà de 40 ans, une option jugée plus rentable par la Cour des comptes. Mais cette stratégie se heurte à un enjeu grandissant : la modulation nucléaire, c’est‑à‑dire les variations de puissance imposées aux réacteurs, notamment en raison de la surproduction solaire depuis 2024. Si l’ASNR estime que cela ne pose pas de problème de sûreté, cette modulation complique fortement l’organisation du parc. La séance plénière du CSEC du 26 février sera entre autres l’occasion d’échanger à ce sujet.

 

L’hydroélectricité repositionnée comme un pilier essentiel 

Ce texte, qui sort en parallèle du débat parlementaire sur le projet de loi visant à sortir du contentieux européen sur les concessions hydrauliques, est aussi l’occasion de réaffirmer la filière hydraulique comme essentielle au mix décarboné de la France. Si le projet de loi arrive à son terme, ce décret PPE3 permettra d’engager des investissements pour remettre les ouvrages à niveau et augmenter la capacité de production hydraulique de près de 2,8 GW pour atteindre 28,7 GW en 2035.

 

Vers une expansion des installations de pompes à chaleur 

Enfin, la PPE3 ne se limite pas à l’électricité : elle ouvre un chapitre important de la décarbonation de la chaleur.  La production de chaleur représente plus de 40 % de la consommation énergétique nationale – sa décarbonation constitue donc un enjeu tout aussi stratégique. La PPE3 prévoit de doubler le rythme actuel de développement de la chaleur renouvelable et de récupération. Cette dynamique repose notamment sur une forte montée en puissance des pompes à chaleur, mais aussi sur le déploiement du solaire thermique, de la géothermie, du biogaz, du chauffage au bois et des chaufferies biomasse, en parallèle d’un renforcement des réseaux de chaleur.

 

Et après ? 

La publication de la PPE3 est une étape importante, mais ce n’est qu’un début. D’autres textes arriveront dans les prochains mois, dont le plan national d’électrification annoncé par le gouvernement. Une clause de révision est d’ores et déjà prévue après les échéances électorales de 2027…

 

Source : Le Monde, Les Echos. 

 

* Publication du décret sur le site du ministère de l’Écologie : https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/programmations-pluriannuelles-lenergie-ppe

** RWE AG est un conglomérat allemand basé à Essen œuvrant dans le secteur de l'énergie, et en particulier dans la production et fourniture d'électricité, gaz, eau et services environnementaux. C’est le deuxième producteur d’électricité en Allemagne. 

***Article La Tribune : Ce que contient le rapport confidentiel d’EDF sur la modulation du parc nucléaire : https://www.latribune.fr/article/entreprises-finance/energie-environnement/1632729076075214/ce-que-contient-le-rapport-confidentiel-d-edf-sur-la-modulation-du-parc-nucleaire

 

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