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Publié le 20/02/2026

Etude sur la modulation du parc nucléaire : ce qu’il faut retenir

Centrale nucléaire de Flamanville Centrale nucléaire de Flamanville

Initialement attendue pour la fin 2025, EDF a finalement publié le 16 février dernier son étude consacrée aux effets des variations de puissance de ses réacteurs nucléaires. En voici les principaux enseignements.

Contexte : Actuellement, le mix électrique français reste largement dominé par le nucléaire, qui représente près de 70 % de la production d’électricité. Les énergies renouvelables poursuivent leur progression : l’hydraulique dépasse les 11 %, l’éolien approche les 9 % et le solaire atteint presque 6 %. Les moyens thermiques fossiles ne couvrent qu’environ 3 à 5 % du total, confirmant la place centrale du bas carbone dans le système électrique national. La flexibilité des réacteurs d’EDF joue par ailleurs un rôle essentiel dans l’équilibre du système électrique, en France comme en Europe, grâce aux interconnexions qui permettent d’ajuster la production en fonction des besoins.

 

Modulation : de quoi parle-t-on ?

La modulation désigne le fait pour un réacteur nucléaire de fonctionner volontairement à une puissance inférieure à sa puissance maximale, ou d’être temporairement arrêté, en dehors des arrêts prévus pour maintenance ou rechargement du combustible. Historiquement pratiquée la nuit ou le week-end, la modulation intervient désormais en pleine journée, notamment lorsque la production solaire est élevée et que la consommation est faible. Son objectif est simple : adapter en temps réel la production d’électricité aux besoins du système électrique, afin de maintenir l’équilibre du réseau.

 
Source EDF

 

Une modulation en forte augmentation

Selon l’étude, la hausse de la modulation s’explique avant tout par l’évolution récente du système électrique français et européen. Le premier facteur est le développement rapide des énergies renouvelables, en particulier le solaire et l’éolien, dont la production s’accroît fortement en milieu de journée, au moment même où la consommation reste faible. Cette situation conduit à des périodes de surproduction, obligeant EDF à réduire davantage la puissance de ses réacteurs pour maintenir l’équilibre du réseau. Le rapport souligne également que la consommation électrique française demeure atone, ce qui accentue mécaniquement ces excédents de production. Par ailleurs, la logique d’appel des moyens sur le marché de l’électricité favorise les installations au faible coût variable, comme le solaire et l’éolien, ce qui place le nucléaire en position d’ajustement et accroît la fréquence des réductions de puissance. L'Entreprise précise enfin que cette modulation accrue concerne tout son parc de production : elle entraîne davantage d’arrêts temporaires de réacteurs, une utilisation plus intensive des STEP (Station de transfert d'énergie par pompage), ainsi qu’un doublement des cycles d’arrêt-redémarrage des centrales à gaz sur la période récente. Ces éléments expliquent pourquoi la modulation, autrefois marginale, est aujourd’hui devenue un mécanisme régulier d’équilibrage du système électrique.

 

Source EDF

 

Les impacts liés à la modulation

Impacts industriels. La modulation devient de plus en plus fréquente et met les installations d’EDF sous pression. Les réacteurs doivent changer de puissance plus souvent, voire s’arrêter temporairement, ce qui use les équipements et augmente les besoins de maintenance. Cette tendance touche aussi les autres moyens flexibles, comme les STEP qui ont davantage tourné, et les centrales à gaz qui ont vu leurs arrêts et redémarrages doubler ces dernières années. Cette sollicitation répétée rend l’exploitation plus complexe : le parc, conçu pour une modulation modérée, fonctionne désormais avec des rythmes plus soutenus, ce qui pourrait à terme compliquer la maintenance et réduire la durée de vie de certains équipements.

Impacts socio-organisationnels et humains. La hausse des modulations impose aux équipes plus de réactivité et une adaptation permanente. Les agents doivent gérer davantage de variations de puissance et d’opérations sensibles, ce qui a pour effet d’alourdir la charge de travail et de rajouter des difficultés supplémentaires. Comme la modulation ne se limite plus aux nuits et aux week-ends, les rythmes de travail deviennent plus irréguliers. Quid de la charge mentale pour les agents concernés par ces nouveaux rythmes de travail ? À terme, cette organisation instable fragilisera certainement les conditions de travail et posera la question des moyens nécessaires pour accompagner les équipes dans un contexte devenu bien plus exigeant. Et il faudra y répondre.

Impacts économiques. Au-delà des effets sur les équipes, cette modulation croissante a aussi un coût. L’étude publiée par EDF souligne que la modulation croissante engendre des coûts supplémentaires pour l’Entreprise. EDF indique en effet que cette flexibilité accrue « conduit notamment à un renchérissement des coûts de maintenance de tous ces équipements », en raison des variations plus fréquentes de puissance et de l’intensification des cycles d’arrêt et de redémarrage dans l’ensemble du parc de production. Le rapport précise également qu’une approche consolidée des coûts du système électrique est désormais nécessaire, et qu’EDF contribuera à ce travail dans le cadre de la PPE3, en s’appuyant sur les analyses issues de cette étude.

 

La prochaine séance du CSEC, prévue le 26 février 2026, sera consacrée à la restitution de l’expertise réalisée par le cabinet DEGEST sur l’état des lieux général des parcs de production nucléaire, hydraulique et thermique. Elle constituera l’occasion d’un débat approfondi sur les impacts de la modulation, tant sur les plans technique, organisationnel qu’économique. Débat qui devra se poursuivre dans les mois à venir, au plus près des organisations impactées.

 

Sources :
Etude sur la modulation du parc de production d’EDF : https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/journalistes/tous-les-communiques-de-presse/le-groupe-edf-partage-les-principaux-enseignements-de-son-rapport-sur-la-modulation-de-son-parc-de-production
Article La tribune : https://www.latribune.fr/article/entreprises-finance/energie-environnement/1632729076075214/ce-que-contient-le-rapport-confidentiel-d-edf-sur-la-modulation-du-parc-nucleaire

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