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Publié le 27/03/2026

Expertise du CSEC : enjeux stratégiques et perspectives d’intégration de Mayotte dans le Groupe EDF

Mandaté par le CSEC pour conduire une expertise libre votée le 3 juillet 2025, le cabinet Pronéos a présenté le 26 mars les résultats de son étude sur l’intégration de Mayotte dans la direction des systèmes énergétiques insulaires d’EDF. Voici les principaux enseignements.

 

Contexte : Bien que Mayotte soit française depuis 1848, sa départementalisation n’est intervenue qu’en 2011. L’île est également reconnue comme région ultrapériphérique de l’Union européenne depuis 2014, ce qui lui permet de bénéficier de fonds européens pour soutenir son développement. Aujourd’hui, Mayotte est le territoire le plus dynamique de France, avec une croissance démographique annuelle de 3,8 %, mais demeure en fort retard de développement : son PIB par habitant (11 488 €) reste nettement inférieur à celui des autres DROM (Département et région d’outre-mer). Territoire stratégique de l’océan Indien, l’île dispose de ressources naturelles prometteuses et d’un important potentiel en énergies renouvelables. 

 

État des lieux : une électrification récente et sous tension

Mayotte fait figure d’exception dans les outremers. Zone non interconnectée, l’île est le seul département dont le réseau électrique n’est pas géré par EDF mais par Électricité de Mayotte (EDM), une société d’économie mixte du Conseil départemental. L’électrification y est récente – la première centrale de Petite‑Terre a été mise en service en 1977 – et repose encore à 92 % sur des combustibles fossiles importés, un modèle jugé coûteux et très exposé aux fluctuations mondiales. L’ile dispose aujourd’hui de 2 sites équipés de centrales thermiques : Centrale au gasoil des Badamiers sur Petite Terre et Centrale au gasoil de Longoni sur Grande Terre dans la zone du Port.

La précarité énergétique touche plus d’un tiers de la population, tandis que la crise de l’eau accentue la pression sur le réseau : produire de l’eau potable consomme déjà 10 % de l’électricité de l’île. Avec une démographie en forte croissance, les besoins ne cesseront d’augmenter. Mayotte dispose pourtant de ressources naturelles importantes, encore largement inexploitées. Pour les valoriser et soutenir un développement économique durable, le territoire a besoin d’une électricité fiable, accessible et moins carbonée. Mais le système électrique reste fragile : infrastructures vieillissantes, réseau de distribution sous tension et impossibilité de développer davantage les énergies renouvelables sans solutions de stockage adaptées. Dans ce contexte, l’avenir d’EDM et l’organisation du service public de l’électricité deviennent des enjeux stratégiques pour le territoire.

 

Photovoltaïque : un secteur décimé par le cyclone Chido. 

Avant le passage du cyclone Chido, Mayotte disposait d’environ 31 MWc* de capacités photovoltaïques installées (dont 29,5 MWc recensés en 2023), pour une production annuelle de 30,33 GWh, soit 7 % du mix énergétique. Le photovoltaïque représentait ainsi 22 % de la puissance installée, mais seulement 7 à 8 % de l’énergie effectivement injectée sur le réseau.  Plus de 50% de l'énergie potentielle étaient perdus faute de stockage et d’un seuil de déconnexion fixé à 30% pour protéger le réseau. Le cyclone Chido a toutefois fortement impacté le parc photovoltaïque, entraînant la destruction d’environ deux tiers des surfaces de production. La reconstruction s’avère complexe, notamment en raison de l’inadaptation des charpentes, de délais importants liés aux procédures d’assurance et de la recrudescence des vols de matériel. Selon EDM, ces dommages ont engendré un retard estimé à environ trois ans dans le développement du photovoltaïque à Mayotte. Mais, Mayotte étant le département le plus ensoleillé de France, le développement du photovoltaïque y est essentiel. Il a d’ailleurs été identifié comme une priorité par les autorités dans les différentes PPE.

S’agissant des autres énergies renouvelables, Mayotte ne compte qu’une seule unité de biogaz d’environ 1 MW, alimentée par le gaz de décharge. Il n’existe aucune installation éolienne ou hydroélectrique en service, ni même de projet à l’étude, ces filières étant par ailleurs considérées comme peu prometteuses sur le territoire.

 

Sécuriser l’avenir énergétique de Mayotte

Les investissements nécessaires pour transformer le système électrique de Mayotte sont estimés entre 531 et 918 M€ sur 25 ans, soit 21 à 37 M€ par an, un niveau jugé maîtrisable pour une zone non interconnectée. Dans ces territoires, les coûts de production - plus élevés qu'en métropole en raison de l'importation de combustibles - sont financés par deux sources : 30 à 40 % par les usagers (sur la base du tarif réglementé) et 60 à 70 % par le budget national, via le programme 345 qui compense les surcoûts de production, de réseau et soutient les ENR. Le principal enjeu pour les producteurs n’est pas la rentabilité - garantie par le modèle régulé - mais la validation des projets par la CRE et leur capacité à préfinancer les investissements. Les scénarios étudiés apparaissent plus avantageux pour les finances publiques qu’un maintien du 100 % biodiesel : en développant les ressources locales (géothermie, ENR, biomasse), ils réduisent la dépendance aux imports. À partir de 2030–2040, les économies sur les achats de carburants compenseraient les investissements, rendant ces scénarios finançables et économiquement durables.

Sur le plan social, le développement des énergies renouvelables locales pourrait avoir un impact majeur à Mayotte. Selon les scénarios étudiés, il permettrait de créer entre 776 et 1 116 emplois permanents, des postes non délocalisables et ancrés sur le territoire. À cela s’ajoutent plusieurs milliers d’emplois de chantier sur l’ensemble de la période. Au-delà de l’emploi, les retombées économiques seraient significatives : la transition énergétique pourrait générer entre 6 % et 10 % du PIB actuel de Mayotte sur 25 ans - soit un volume de richesse supplémentaire notable, même si une partie des investissements serait réalisée hors de l’île.

 

Les bénéfices d’une intégration de Mayotte dans le Groupe EDF

L’intégration d’EDM au sein d’EDF irait bien au‑delà d’un simple changement d’actionnariat. Elle permettrait d’aligner la stratégie énergétique, les capacités de financement et les objectifs de développement du territoire, faisant de l’électricité un véritable levier de transformation pour Mayotte.

Sur le plan industriel, cette intégration offrirait un accès direct aux compétences techniques, à l’ingénierie et à la capacité d’investissement du groupe EDF. Elle permettrait également d’harmoniser les conditions sociales avec le statut des IEG et de sécuriser le portage des projets structurants.

La question est particulièrement déterminante pour la géothermie, ressource clé des scénarios d’autonomie énergétique. Cette filière exige des investissements exploratoires lourds et risqués, généralement portés par des acteurs publics. À Mayotte, un permis exclusif de recherches a été attribué à Albioma**, sans garantie que les financements nécessaires seront mobilisés dans les délais. Un portage par EDF offrirait une meilleure maîtrise du risque et assurerait que l’exploitation éventuelle de la ressource serve pleinement l’intérêt général.

Le coût de rachat des 75 % du capital d’EDM est estimé entre 14 et 54 M€, un montant relativement modeste au regard des enjeux stratégiques. 

 

L’intégration d’EDM dans EDF est dans le sens de l’histoire, sous le signe de l’égalité républicaine. Cette reprise en main par le service public de la nation est avant tout une réponse aux besoins de la population locale. D’autant que les 35M€ que représenterait cette intégration, ne sont qu’une goutte d’eau pour la maison EDF. Cette décision d’intégrer EDM dans EDF apparaît ainsi comme un choix stratégique majeur pour garantir à Mayotte un système électrique résilient, durable et cohérent avec ses ambitions de développement.

 

 

* MWc (mégawatt-crête) : unité utilisée pour mesurer la puissance maximale d’une installation photovoltaïque dans des conditions optimales d’ensoleillement.
**Albioma : producteur d'énergie renouvelable indépendant engagé dans la transition énergétique grâce aux énergies renouvelables (biomasse, solaire et géothermie). Il est implanté en Outre-mer français, dans l’Hexagone, à l’île Maurice, au Brésil, en Turquie, au Canada et en Australie.

Retrouvez l'intégralité de l'expertise du cabinet Pronéos en cliquant ici

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