EDF face au défi du vieillissement de ses centrales
Le Grand Carénage est un programme lancé par EDF en 2015 pour prolonger la durée de vie de ses réacteurs nucléaires jusqu’à 50 ans, au-delà des 40 ans initialement prévus. Il concerne l’ensemble du parc, et vise à maintenir une production d’électricité bas carbone. Les travaux portent sur la modernisation des équipements, le renforcement de la sûreté, l’intégration des normes post-Fukushima et la préparation des visites décennales. Le coût du programme, estimé à près de 49,5 milliards d’euros, représente un investissement stratégique pour EDF, qui souhaite éviter une baisse de sa capacité de production et retarder la construction de nouveaux réacteurs.

Le défi de l’intermittence dans le mix énergétique
Le mix énergétique français repose principalement sur le nucléaire, les produits pétroliers et les énergies renouvelables. Parmi les renouvelables, l’hydraulique reste la plus importante, suivie par l’éolien et le solaire. Ces deux dernières sources sont dites intermittentes, car leur production dépend des conditions météorologiques. En cas de manque de soleil ou de vent, leur contribution au réseau peut fortement diminuer, ce qui complique l’équilibre entre la consommation et la production d’électricité. Ces variations nécessitent des solutions de compensation comme le stockage, la modulation de la consommation ou le recours à des moyens de production pilotables comme le nucléaire, le thermique classique ou l’hydraulique. Malgré ces limites, les énergies renouvelables jouent un rôle croissant dans la transition énergétique française. Leur développement s’accompagne d’une adaptation du réseau électrique pour mieux gérer leur variabilité et garantir la sécurité d’approvisionnement.

Un site clé voué à disparaître d’ici 2027
Après la fermeture du site du Havre, la centrale de Cordemais est la prochaine centrale thermique menacée de fermeture. Exploitée par EDF, elle joue depuis des décennies un rôle stratégique dans la production d’électricité, notamment en période de forte demande. Un projet de reconversion à la biomasse, appelé Ecocombust avait pourtant été envisagé pour prolonger l’activité du site tout en réduisant son empreinte carbone. Ce projet a finalement été abandonné en 2024, les conditions technico-économiques n’étant soi-disant pas réunies. EDF a annoncé la fermeture définitive de ses deux dernières unités de production à compter du 31 mars 2027.

Quand la transition énergétique met les réacteurs à l’épreuve
Dans le contexte de la transition énergétique, EDF adapte de plus en plus la puissance de ses réacteurs nucléaires pour répondre aux variations de la demande électrique. Cette pratique, appelée modulation ou suivi de charge, consiste à ajuster en temps réel la production d’électricité en fonction des besoins du réseau, influencés par la météo et les habitudes de consommation. Cette flexibilité est devenue indispensable pour intégrer les énergies renouvelables intermittentes (comme le solaire et l’éolien) dans le mix énergétique français. EDF maîtrise cette adaptation, qui permet de lisser les fluctuations de production des EnR. Cependant, cette modulation - qu’elle soit fine (en dentelle) ou profonde - accélère l’usure des matériaux, vieillit les installations et peut réduire la disponibilité des réacteurs. Ces effets posent des questions sur le niveau de maintenance à mettre en place pour maintenir la sûreté à long terme du parc nucléaire, et interroge notamment en ce qui concerne la durabilité des composants critiques.

Augmenter la puissance des réacteurs : un levier rapide pour renforcer la production nucléaire
Face aux enjeux énergétiques et climatiques, EDF explore une piste stratégique : augmenter la puissance des réacteurs nucléaires déjà en service. L’idée consiste à gagner entre 3 et 5 % de puissance sur les réacteurs actuels. Ce qui représenterait l’équivalent de deux réacteurs supplémentaires sur l’ensemble du parc. EDF vise une production nucléaire de 400 TWh contre environ 365-375 TWh actuellement. L’augmentation de puissance des CNPE existants serait un levier complémentaire aux nouveaux projets EPR2, tout en répondant plus rapidement aux besoins du réseau électrique. La prolongation du programme Grand Carénage, lancé pour prolonger la durée de vie des réacteurs, offrirait un cadre idéal pour intégrer ces améliorations.
