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Publié le 02/11/2026

Le système électrique français face aux épisodes climatiques extrêmes : retour sur l’expertise Degest/IED

La séance du CSE Central du 22 octobre 2026 a été l’occasion pour les cabinets Degest et IED de présenter leur expertise conjointe annuelle sur le passage de l’hiver 2026-2027. Nouveauté de cette année : l’expertise a également inclus un retour sur l’été passé. Entre vagues de chaleur et vagues de froid, faut-il s’alarmer pour le système électrique ?

 

Un système électrique mis à rude épreuve par les fortes chaleurs

Avec une moyenne estivale à 25°C, soit +1.5°C par rapport à 2023, l’année 2026 a été marquée par des vagues de chaleur exceptionnelles. Par rapport aux années précédentes, l’une des nouveautés majeures est la hausse sensible de la consommation liée au recours massif à la climatisation. À cela s’ajoute la hausse des pertes en ligne, causée par la résistance électrique des métaux accrue par la chaleur. La consommation électrique a ainsi atteint un record pour une période estivale. Les prix du Mwh de l’été ont dépassé ceux de l’hiver.

Dans ce contexte, le développement important de l’énergie solaire qui touche la France depuis plusieurs années pourrait passer pour une aubaine. Mais la « cloche solaire », c’est-à-dire le pic de production du parc photovoltaïque en milieu de journée à un moment où la consommation est basse, complexifie la gestion de l’équilibre production-consommation.

Ce phénomène n’est pas le seul à peser sur le système électrique. Les épisodes caniculaires ont eu un large éventail de répercussions, dont :

  • Les arrêts fortuits de réacteurs nucléaires pour respecter les seuils réglementaires de température des eaux de refroidissement ;
  • L’augmentation des pertes en ligne, due à la résistance électrique des métaux sous l’effet de la chaleur ;
  • La sollicitation des moyens de production thermiques, qui a atteint un niveau exceptionnel pour une période estivale ;
  • La faiblesse des stocks d’eau, qui a complexifié la gestion des centrales hydrauliques déjà malmenées par des années de blocage institutionnel et de sous-investissement.

Malgré ce tableau, la production électrique est restée robuste. Le parc nucléaire a couvert 84 % de la consommation malgré les indisponibilités liées à la chaleur. Les arrêts fortuits sont restés limités. Bien que les centrales à gaz aient été mobilisées, leur production a majoritairement été exportée. Elle a servi à couvrir la demande intérieure ponctuellement, pendant 40 pas horaires.

Plus que la production, c’est le réseau qui subit les fortes chaleurs. La congestion et les contraintes techniques mettent à mal les matériels, avec des conséquences parfois extrêmes. Ainsi, le 23 juin, plus de 100 000 foyers ont été privés de courant par l’explosion de deux transformateurs en Bretagne, dont RTE a confirmé qu’elle résultait de la chaleur. Les représentants du personnel du CSE RTE Maintenance ont ainsi exercé leur droit d’alerte pour danger grave et imminent et demandé à la direction de RTE de « transmettre sans délai un état national consolidé des incidents matériels survenus depuis le début de l’épisode de forte chaleur » ainsi que « la cartographie exhaustive des matériels sensibles ou identifiés à risque ».

 

Hiver 2026-2027 : une sécurité d’approvisionnement en trompe-l’œil

D’après le rapport d’expertise, le passage de l’hiver 2026-2027 devrait se dérouler sans accroc, malgré une timide reprise de la consommation. La disponibilité nucléaire projetée est élevée, entre 50 GW et 60,9 GW, fruit du travail sans relâche des équipes d’EDF. Les capacités de pointe, qui incluent l’hydraulique (à l’exception de l’hydraulique au fil de l’eau) et le thermique (principalement au gaz), font l’objet d’une certification par RTE. Ce mécanisme contractuel donne la capacité qui peut être utilisée comme référence fiable pour les divers scénarios météorologiques. Ainsi, sur 26,7 GW installés, 22,7 GW sont certifiés.

L’étude Degest/IED prévoit plusieurs scénarios selon les aléas climatiques et techniques possibles. Dans le scénario de disponibilité nucléaire « minimum », caractérisé par des indisponibilités fortuites cumulées de 4 GW, le critère d’approvisionnement serait respecté… grâce aux capacités d’importation de 10 GW.

À la demande du CSEC, l’étude a envisagé un scénario de risque dans lequel un incident générique du type de celui survenu en 2022-2023 occasionnerait une perte additionnelle de 4 GW de capacités nucléaires. Dans un tel scénario, le critère de sécurité d’approvisionnement ne serait pas respecté, ce qui montre que le système électrique reste vulnérable en cas d’indisponibilité fortuite de grande ampleur.

La sécurité d’approvisionnement est donc garantie à deux conditions : 

  • Que les pays voisins aient de l’électricité à exporter au bon moment pour couvrir la consommation de pointe en France ;
  • Et que le parc nucléaire ne connaisse pas de nouvelle défaillance globale, comme celle causée par la corrosion sous contrainte.

Ce double pari est d’autant plus risqué que la modulation du parc nucléaire est susceptible de réduire la durée de vie des matériels, et donc d’augmenter le risque d’indisponibilité fortuite.

Les conclusions optimistes sur le passage de l’hiver appellent d’autant plus de nuance que la consommation électrique française est bien morose. Le rapport Degest/IED confirme ce que nombre de ménages vivent concrètement : la baisse des consommations est la conséquence directe de l’explosion des prix de l’électricité. Dans une conjoncture économique favorable, la sécurité d’approvisionnement serait donc bien moins certaine.

 

Un système capable de s’adapter au changement climatique ?

En plus des problèmes causés directement par les phénomènes météorologiques sur les hommes et les matériels, le rapport d’expertise expose certaines difficultés économiques et institutionnelles que le changement climatique ne fait qu’aggraver, par exemple :

Comment gérer les épisodes de prix négatifs causés par les fluctuations du marché (en particulier lors de la cloche solaire), sans pénaliser le producteur ?

Quelles options techniques et quels moyens de rémunération pour les services systémiques du réseau (stockage, inertie, régulation de la tension…) qui doivent accommoder les moyens de production intermittents ?

À elles seules, ces questions montrent que le schéma de marché actuel n’est pas adapté au système électrique. Le libéralisme que subit le secteur est la source majeure des fragilités que rencontre aujourd’hui l’exercice d’équilibriste d’ajuster en permanence la consommation et la production. Le retour d’un service public fort, sorti du tout marché, porté par le CSEC d’EDF, comporte la base de la solution a toutes ces difficultés. 

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